mardi 17 février 2015

Les adolescents et jeunes adultes bilingues // Bilingual teens and young adults // Tweetalige jongen en jeugd #IMDL2015



Je suis tellement contente que l'on m'ait demandé d'écrire sur le bilinguisme chez les adolescents et les jeunes gens. Il existe beaucoup de littérature sur le bilinguisme chez les enfants, mais très peu chez les adolescents. Il en existe pourtant en langue française, mais principalement c'est principalement en langage universitaire et je ne vous ennuierai pas avec cela.

L'adolescence est une période de changement dans la vie. C'est une période de construction identitaire à la fois basée sur la révolte et le conformisme. C'est une période intense pour les adolescents comme pour leurs parents. Il y a la pression des pairs. On se cherche. On cherche son identité. On veut parfois plaire aux personnes qui nous entourent plus qu'être nous mêmes, se faire accepter. On veut prendre ses distances vis-à-vis de ses parents. Il se passe tellement de choses. 

Alors comment aider les jeunes qui vivent avec deux langues et deux cultures ? Comment les aider à apprécier et à vivre avec ces langues et ces cultures. Cela n'est certainement pas aussi difficile que certaines personnes laissent le suggérer. 
Si pendant sa petite enfance et son enfance, l'adolescent a toujours parler plusieurs langues, a toujours vécu entre deux cultures et surtout s'il en a apprécié les bonheurs, il ne verra - à mon avis - pas de grands problèmes à continuer cela à l'adolescence. 
Mes propres enfants - des adolescents - ont grand plaisir à utiliser toutes les langues de la maison, et à vivre les cultures que leur père et moi leur offrent. Ils n'y voient aucun problème, aucune difficulté. Nous avons toujours fait en sorte qu'ils y soient heureux, qu'ils s'y sentent bien. Pourtant, même s'ils parlent et maîtrisent parfaitement la langue et la culture dans lesquelles nous vivons actuellement, il reste quand même des différences avec leurs camarades de classe : ils n'aiment pas les mêmes chanteurs, ne connaissent pas les mêmes acteurs, ne lisent pas les mêmes livres, n'apprécient pas les mêmes repas…. 
Est-ce facile pour eux de gérer cela au quotidien? Ils savent que "être différent" est une des beautés du monde. Nous ne sommes pas des moutons… Pas facile tous les jours certes, car comme ils sont "différents" (noter les guillemets), ils ne sont pas entièrement intégrés au groupe, ils ne sont pas invités aux fêtes, ils sont considérés comme étrangers comme ceux qui ne comprennent pas et ne connaissent pas…. Même si nous vivons ici depuis de nombreuses années, ils ne sentent toujours pas "membres de cette société". 
Le fait que nous ayons toujours beaucoup discuté, beaucoup partagé, les rend forts, forts dans le sens où cela a forgé leur caractère, ils ont pu développer une personnalité forte et solide. 

Je pense que chez l'adolescent, le bilinguisme reste imprégné à condition qu'il l'ait été pendant la petite enfance et l'enfance. Un enfant qui aura compris les beautés et aussi surtout les bonheurs et l'utilité de parler plusieurs langues sera un adolescent, puis une jeune personne, qui continuera à le faire, même s'il y a la pression des pairs. Le travail en faveur du bilinguisme chez les adolescents se préparent dès l'enfance. Un enfant qui aura vécu les deux langues comme un fardeau, comme une obligation avec des "oui, tu verras… plus tard tout cela te servira…" aura plus tendance à abandonner les langues minoritaires et à ne s'intéresser qu'à la langue locale pour se sentir membre de la société dans laquelle il se trouve. A l'âge adolescent, les voyages dans le pays des autres langues ne serviront pas nécessairement à quelque chose, car c'est aussi l'âge auquel on souhaite ne plus aller en vacances avec les parents, on n'a pas nécessairement envie d'aller en vacances chez les grands-parents et les cousins sont parfois des "inconnus".

Les adolescents ont aussi un grand choix langagier dont ils se servent à merveille. Quand ils maitrisent plusieurs langues, ce choix est encore plus vaste. Ils utilisent une langue pour réfléchir, une autre pour rêver, une autre pour discuter avec leur pairs. Certains mots leur parlent plus que d'autres. Ils sont capables de jouer avec la langue, de prendre des accents… Les adolescents bilingues et multilingues s'accordent tous pour dire que c'est une ouverture au monde que les adolescents monolingues n'ont pas. Ils s'adaptent plus facilement. Ils voyagent plus facilement. Ils ont moins de problèmes pour étudier. Ils sont aussi plus optimistes vis-à-vis de monde et de l'avenir qu'ils regardent avec un autre œil.

Je pense sincèrement qu'il ne faut pas rêver : un enfant heureux dans son bilinguisme sera un adolescent qui aura grand plaisir à vivre avec plusieurs langues car il en aura vu -dès son plus âge- tous les avantages, et aura déjà vécu les rejets que peuvent vivre les bilingues, les enfants sont parfois bien plus cruels que les adolescents !!! Il aura déjà forgé son caractère…. Gabrielle Varo le dit aussi : le bilinguisme chez les adolescents n'est réussi que si la stratégie mise en œuvre par les parents pour éduquer leurs enfants avec plusieurs langues a été une réussite pendant l'enfance. Cette mixité -bi-langue et bi-culturelle- qui les rend "étranger" est vécue au mieux si dès l'enfance est montrée comme étant un atout.
En tant que parents, nous sommes là pour les aider à développer leur identité, et cette identité est celle de personnes bilingues. 
Alors n'attendons pas qu'il soit trop tard !! Commençons dès qu'ils sont petits….

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I am so happy to have been asked to write about bilingualism among teenagers and young people. A lot has been and is written about bilingualism among toddlers and children, but very few about teenagers. However, I can tell some there are researchers who wrote about bilingualism among teenagers, but it is very academic and I will not bother you about it.

Adolescence is a time of changes in life. It is a time of identity building based on revolt and conformity. It is a very intense time both for parents and their teenagers. There are the pressure from the peers. We are looking for our own identity. We sometimes wish to people around us more than being ourselves, to be accepted. We want to distance ourselves from our parents. So many things are happening at the same time.

So how can we best help young people living with two languages and two cultures? How can we help them appreciate and live those languages and cultures. It is certainly not as difficult as some people would like us to think.
If when he/she was a toddler, then a child, the teenager always spoke two languages, always live with two cultures, but mostly if he/she appreciated all their beauties and was happy about it, then - according to me- there will be no major problem for the teenagers to keep doing it. 
If I take the example of y own children who are now teenagers, they have great pleasure in using all the languages of the home, and to live the culture of their father as well as mine. They do not see any problem, nor any difficulty. We have always done everything for them to be happy with those. However, I must say that even if they master perfectly the language and culture of the place where we live now, they are still "different" from their school mates: they do not like the same singers, the same actors, they do not read the same books, they do not like the same food….
Is it easy to live on an everyday basis? They know that "being different" is what makes the world wonderful and worthwhile. We are not sheep… or robot…. Of course, it is not easy everyday, as "as they are different", they are not fully integrated to the group, they are not always invited to parties, as they are considered as strangers and foreigners , as being those who do not understand…. Even if we are living here for a long while, they still do not feel "members of this society"
We talked a lot about it, we shared a lot. This helped them to be stronger, in the sense they have built strong identity. They have been able to affirm who they are.

I think that in teenagers, bilingualism is part of them on condition that it was happily lived when they were toddlers and children. A child who understood well the beauties, as well as the happiness and usefulness of speaking several languages, will be a teenager, then a young person who will keep doing the same, even if there is peer's pressure. The work to develop happy bilingual teenagers starts when they are toddlers. A child who would have lived his bilingualism as an obligation, as something hard to live, hearing "we are doing that for you.. you will thank us when you are older…." will be more inclined to "forget" the minority languages and use mainly the majority language,the local language in order to fit in more. When you are a teenager, trips in the country where the other languages are spoken may not necessarily be useful, because at that age, you are wishing not to go on holidays with your parents, you do not feel like spending times with your grand-parents and sometimes cousins are more "strangers" than family.

Teenagers have bigger language range and they use it wonderfully. When they master more than one language, it is even better. They use one language to think; one langue to dream; one language to talk with their friends. Some words mean more than others for them. They can play with the language, they can take accents…. Bilingual and multilingual teenagers all agree that they are way more open-minded that monolingual teenagers. They adapt more easily. They travel more easily. They have less trouble to study. They are also more optimistic about the world and their future.

I really think that there is no mystery: a child who is happy to be bilingual will be a happy bilingual teenager as he/she will have discovered all the advantages of this bilingualism and would have gone through a lot of rejection already. Children can be more cruel than teenagers!! He/she will have already mould his/her character…. As Gabrielle Varo writes: bilinguals among teenagers is only a success if the strategy that parents set up to educate their children with several languages is a success from childhood on (my translation). This mix -bi-lingual and bicultural- does not make them "stranger" if it is lived happily and successfully from childhood and seen as an advantage.
As parents, we are here to help them develop their identity, and also this bilingual identity. So let's not loose time!! Start as soon as they are born… 



Nederlandse versie voor het weekendje….





2 commentaires:

Reb GroJo a dit…

I love that you highlight the emotional link between language and happiness. It seems so obvious yet not that if the child has lived their bilingualism happily, then they will continue to be a happy bilingual as they grow. My daughter is 9 and is still happy being bilingual French-English. I keep waiting for her to resist but she hasn't. Maybe because there are happy memories associated with speaking English (the minority language)?

Isabelle B. a dit…

Thanks for sharing.
I firmly believe that there is a strong link between languages and happiness. Sometimes people have to be reminded that. I wish your daughter a very happy bilingual time when she is a teenager.